Martine
Dernière mise à jour : 1 juil.

Tu fais la belle dans ta robe blanche. Ce n’est tellement pas mon genre!
Je rêvais de célibat, d’Afrique, d’art et d’enfants, qui ne seraient pas les miens. Je voulais chanter, parcourir le monde, le rendre plus beau et plus juste. Je souhaitais enseigner le français et la musique au Mali, au Niger et au Bénin. Je devais traverser l’Afrique de l’Ouest et semer des chorales sur mon passage. Je me projetait jazzant sous les baobabs, apprivoisant le guépard saharien, dansant au rythme des antilopes…
Je m’imaginais, dans le confort très relatif de mon lit de camp, bercée par le chant des bestioles, éclairée par les étoiles transperçant la nuit. Je rêvais aux matins dorés de la savane, au soleil caressant la terre ocre et réveillant les acacias.
Tu t’imagines t’assoupir dans tes draps fleuris de banlieusarde au chant des ronflements de ton tendre époux. Tu songes à ta machine à café, ta tévé et ton beau frigo vert avocado.
Je me projetais, fabriquant des tambours avec les gamins. Sous les margousiers, nous aurions composé des chansons. À même la terre, nous aurions tracé les lettres du monde. Et nos voix se seraient élevées, mêlant comptines d’ici et mélodies de là-bas.
Tu te résignes à enseigner la flute sous les néons de ta classe incolore.
J’espérais me faire accepter des anciens, afin de les écouter me raconter leurs histoires.Leurs voix graves auraient tissé des légendes que j’aurais maintenues en vie dans mes chansons.
Tu te vois déjà raconter les mêmes sempiternelles histoires de loups, de sorcières et de chaperons à des humains tout neufs qui te chanteront des refrains insignifiants à tue-tête.
Tu fais la belle dans ta robe blanche.
Rien de tout ça n’était prévu à mon itinéraire: le mariage, la famille et la banlieue.
T’as fait fi de tous mes plans. T’as flanché pour un simple gars du coin.
J’ai opté pour l’ordinaire. Je finirai par égayer la vie des deux ou trois mêmes enfants jour et nuit.
Je n’ai jamais passé autant de temps devant un miroir. Je te regarde droit dans les yeux, toi, la nouvelle moi.
Je t’en voulais de t’être amourachée de Michel. Je te le dis maintenant, une fois pour toutes, parce qu’on est seule toutes les deux. Dans une heure, les gens qu’on aime seront réunis. Dans une heure, ce sera trop tard, je vais lâcher prise. J'irai te rejoindre l’autre côté du miroir.
Entre hier et demain
Extrait de: À travers les deuils
Roman en construction

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